Pour passer à autre chose, le corps s'exprime parfois brutalement, la douleur peut tout emporter sur son passage.
Pendant quelques jours, Pierre avait disparu avec son histoire, sa vie, ses espoirs, ses certitudes, le personnage s'était volatilisé, la douleur avait pris toute la place.
Comme un petit animal apeuré, tremblant, recroquevillé dans un balancement instinctif, rien ne pouvait exister autre que la douleur. Il n'y avait que cela.
Rien ne faisait sens, plus de compréhension ni d'interrogation.
La douleur, une facette de l'expérience humaine dont l'intensité ne laisse aucun échappatoire possible.
Lorsque les calmants faisaient effet, les morceaux éparpillés du personnage revenaient se ré-assembler, les morceaux d'un vase brisé dont le nombre et les formes bien distinctes arrivaient à la conscience. Rien de ce qui apparaissait et disparaissait n'aurait pu me constituer. S'identifier à toutes ces formes n'était pas nécessaire, elles flottaient dans la présence, sans être saisies.
Au cours de ce voyage, le personnage s'est perdu, puis il est réapparu. Ce va et vient permet de voir clairement que notre vrai nature est le contenant de toutes ces apparitions sans jamais être affecté par ce qu'il contient.
A la frontière de cette terrible douleur du corps, règne un calme absolu et silencieux : je suis cela.
Faire l'expérience de la douleur intense est aussi l'occasion de vérifier l'extreme fragilité et volatilité de la forme personnelle.
Rassurez vous, il n'est pas nécessaire d'expérimenter la douleur pour voir cela, c'est un clin d'oeil, la vie propose certaines opportunités surprenantes qui nous rappellent que nous pouvons tout lâcher, même la personne que nous croyons être.

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